Le vélomaniac
Notre planète vaut la peine d'être découverte...à vélo.

Périple au bout du monde ( 3ème partie )

 Dans l'édition précédente, je gravissais les côtes de la Madeleine situées à environ
10 km de Grande-Vallée, quand soudain les klaxons sonnaient. Quelques automobilistes m'encouragèrent à monter une pente longue de 3 km situé en pleine forêt, et qui à elle seule ferait peur à un gros V6. Mon magnéto. me remémore un instant chaud:
« J'ai enlevé mon casque pis mon chandail de laine parce qu'il fait trop chaud, avec le soleil qui tape! Là, en haut, il y a une halte routière... Merveilleuse qu'est la vue! On peut voir les terres d'agriculteurs, la mer des pêcheurs, les petits villages visités auparavant et même le phare de Rivière-de-la-Madeleine, c'est merveilleux, y'a même pas de mots pour décrire ça! Des fois, on se demande pourquoi on se lance dans des affaires pareilles, je pense que c'est le goût de l'exploit. Y'en a pour qui compter 50 buts dans la ligue nationale c'est un exploit, moi mon exploit, c'est de parcourir les distances que je prédit faire... Je viens tout juste d'apercevoir un oiseau de proie. On doit être haut pour voir ce genre de bête-là! »
 Suite au 120 km parcouru en cette journée venteuse mais ensoleillée, un gros souper et une bonne nuit s'imposait. Je cherchai un gîte pas trop dispendieux, mais l'idée de dormir sous un abris d'une porte d'entrée de l'école m'avéra le moins coûteux. Protégé du vent et de la pluie, cet abris ne pouvait pas être plus confortable. Sauf que l'idée de dormir comme un itinérant en plein centre de Grande-Vallée me fit penser aux clochards de Montréal.
« J'ai accroché mon double toit aux trois portes de l'école et après le tapis de l'entrée. J'espère que personne ne me trouvera. Je suis en train de vivre la sensation de ne pas avoir de chez-soi, sans maison, dehors, avec les animaux de la nuit. Je couche près de mon vélo pour ne pas me le faire voler, comme le robineux protégerait sa seule paire de soulier. Sans mon vélo, je ne pourrais pas aller bien loin. Cessons de se tourmenter et essayons de dormir un peu.» 

Mon abris improvisé dans la cours d'une école de Grande-Vallée. 
 
 

 
Le lendemain, un 12 août, le thermomètre devait annoncer 10°C car je produisait autant de fumée qu'un adolescent fumant à la récréation. Mon objectif de la journée fut celui d'arriver au parc Forillon en passant au travers des parois montagneuses des Appalaches qui affichent la beauté et les caractéristiques d'une Gaspésie sauvage, où seul la faune, la flore et le flot de la mer apportent odeurs et couleurs à ma carte postale sans cesse grandissante.
«Un vent de mer vient me bercer quelques fois tout comme un goéland flottant sur la houle des vagues. Cette mer gaspésienne me pousse à explorer tout comme elle l'a fait avec Jacques Cartier et son voilier en l'an 1534. Chu rendu à Petite-Vallée. Ici y'a le Festival de la parenté, ça doit "souigner" en crime dans c'te boîte à bois là. Une vraie boîte à bois, car c'est tellement petit!»
Tout juste avant d'arriver à Rivière-au-Renard, j'ai roulé sur les limites villageoises de Cloridorme, l'Anse-à-Valleau et Petit-Cap tout comme un paraplégique voulant monter et descendre des escaliers, c'est-à-dire avec difficulté. Entre Cloridorme et L'Anse-à-Valleau, j'ai rencontré un vieux cycliste français assez spécial. Munis d'une roulotte de 1.65m de long, pesant 200 lbs et fabriquée à la main, il était parti d'Ottawa  roulant environ 40 à 50 km par jour. Il avait créé le moyen le plus économique pour dormir, puisqu'il n'avait qu'à stationner sa remorque dans une entrée de maison et s'y glisser. Par contre le poids de ce corbillard là était très désavantageux. Pour voyager en avion il n'avait qu'à démonter quelques pièces de son vélo et le glisser dans cette grosse valise. Il sont fous ces... français!
 Arrivé au centre d'accueil du Parc Forillon, prêt de Rivière-au-Renard, je découvris un autre avantage des voyages à dos de selle, soit celui d'avoir un site rapidement. Étant à vélo, jamais je n'aurais pu me rendre à Cap-des-Rosiers ( camping situé à 30 km du centre ) avant 13h, soit l'heure d'appel. Le camping du Parc National Forillon possédait une longue liste d'attente et n'ayant pas fait de réservation, j'ai obtenue une passe gratuite. Maintenant j'avais tout le temps voulu pour me rendre à mon site, auquel j'ai déboursé uniquement 12$ pour y séjourner.
 Avant de me rendre à Forillon, une compagnie de fruits de mer, situé à L'Anse-au-Griffon, me donna l'envie d'y arrêter et d'acheter une demi-livre de crevettes fraîches. Le soir venu, je me délectai de ses petits crustacés marins mélangés au traditionnel couscous. Suite à ce festin de roi, je visitai le camping en bordure d'une belle plage de galette. S'étendre sur cette plage me fit relaxer tout comme les sandales "cucu-massages" le font pour nos pieds. Je divaguais au gré des vagues et pensais à tout ce que devais penser les gens en me voyant apparaître sur les routes. En réalité, je me "foutais" carrément de ce qu'il pouvait bien penser, mais j'aurais aimé avoir leur avis sur notre vie de couple. Formions-nous le couple parfait, malgré le traitement de canal que je devais faire quotidiennement à sa roue arrière? C'est ce que nous saurons au prochain et dernier numéro.

(Suite)
 
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