Avant de partir
Après 8 mois de préparation, de longue planification, je partais enfin pour découvrir une autre culture, un autre continent, un autre monde. Jamais, je n'avais quitté mon pays pour une aussi longue période de temps. Sans doute, que j'apprendrais énormément sur mes capacités physiques, mes valeurs et ma personnalité, mais ce fut plus que ça. J'ai mis en pratique mon sens de la débrouillardise, de l'analyse, de l'orientation et de l'organisation, afin de gagner du temps pour manger, me détendre, faire du tourisme et du "social", les petits plaisirs de la vie quoi ! Ce serait plus qu'un périple rempli d'images historiques et d'odeurs symboliques, se serait également une aventure vibrante en sensations fortes et en risques calculés. Lorsqu'on prend l'avion pour une destination où l'on n'a jamais foulé le sol, on se demande comment les gens vont réagir à notre présence, mais surtout comment on va s'adapter à leur culture, leurs habitudes, leur rythme de vie, à leur langue, leurs accents. Vais-je perdre mon accent québécois qui nous rend si distinct ? Serais-je capable de parler et comprendre quelques phrases en allemand ? Est-ce que je réussirai à dormir sur le terrain d'un paysan ? Où devrai-je m'alimenterOn a certaines peurs comme celles de se faire voler notre argent ou nos bagages. Est-ce que ma préparation physique aura été suffisante et adéquate ? Aurais-je un accident, une blessure majeure ? Est-ce que je vais rencontrer la fameuse blonde aux yeux pairs que la voyante de ma soeur me prédisait ? Serais-je capable de tenir le coup dans les Alpes et les Pyrénées ? Serais-je capable de faire 7000 km en 3 mois ? Est-ce que les éléments seront de mon côté ? Aurais-je assez d'argent ? S'il me manque d'argent, que vais-je faire ? C'est le genre de questions qu’on se pose avant de partir en voyage, mais qui peut se répondre seulement en le faisant. Vous découvrirez ce qui m'est arrivé en lisant et regardant cette page « web » qui raconte mon aventure dans 7 pays de l'Europe de l'Ouest.
Depuis longtemps, l'idée de faire le tour de l'Europe me trottait dans la tête. Pas plus tard que l'an passé, c'était un rêve. Le 12 mai 1995, ce rêve devenait réalité. C'est en juillet 1994, que je décidai d'autofinancer une partie de mon voyage par la vente de T-shirts. Je dessinai donc de beaux dessins et les fis imprimer sur 200 T-shirts. En septembre 1994, j'entrepris les démarches pour enregistrer la planification de mon voyage comme étant un projet individuel valant 2 crédits à mon baccalauréat. Mon voyage est devenu, non seulement une aventure, mais bien un projet sérieux parrainé par Gilles D.Viger, professeur à l'Université de Sherbrooke. Pourquoi suis-je allé chercher l'appui d'un professeur à l'université ? Je voulais tout simplement une source de motivation supplémentaire pour aller chercher les commanditaires, pour vendre mes T-shirts, pour mieux organiser mon voyage. Gilles D. Viger m'a aidé énormément à y donner un sens et l'Université à y donner une valeur symbolique importante. Mai 1995 correspondait avec la fin de mon baccalauréat. Plusieurs nouveaux projets s'offraient à moi et ce long voyage solo me permettrait de faire le point sur mes orientations professionnelles. Pour alimenter ma passion pour l'écriture, j'ai rédigé en partie mon journal personnel et j'en ai fait découvrir certaines parties aux lecteurs du SCOOP Régional, un journal bimensuel de la région de Châteauguay qui fut l'un des mes partenaires principaux.
Pourquoi partir ?
Je crois que le savoir s'acquiert généralement en milieu scolaire. Il s'agit d'un moyen reconnu par tous. Toutefois, je suis conscient qu'il faut couronner notre apprentissage théorique par une expérience sur le terrain. Les voyages sur un autre continent deviennent des moyens usuels adaptés à cette nouvelle réalité. Il favorise la connaissance d'autres langues, la familiarisation avec les cultures et des modes de vie différents et l'ouverture sur une multitude d'horizons. Mon expérience internationale m'a permis de développer des aptitudes qui se révéleront utiles et indispensables toute ma vie : la débrouillardise, l'organisation et la panification, l'esprit d'analyse, la discipline personnelle.
Débrouillardise: car j'ai fait face à toutes sortes de situations inconnues, inconfortables et difficiles. Je me suis débrouillé avec les moyens du bord, j'ai dû "dealer" avec les gens, les conditions climatiques et la situation géologique.
Organisation et la planification : Pour jouir de la liberté, il faut un minimum de planification et d'organisation. Être bien planifier ne veut pas dire qu'il faut savoir à quelle heure manger et dormir ! Il faut au moins prévoir un endroit pour acheter la nourriture, dormir où c'est possible et toujours au meilleur prix possible, connaître le chemin et le dénivelé à parcourir avant la tombée de la nuit, prévoir des endroits à visiter. Tandis que bien s'organiser permet de savoir où se trouve sa brosse à dents dans sa valise, de savoir monter et démonter un campement rapidement, de pouvoir réparer ses bagages sans perte de temps, etc.
L'esprit d'analyse : Je devrai réagir rapidement à certaines situations et devrai établir mes priorités, l'essentiel. Je devrai analyser les vents, les dénivelés, les distances, les gens et leurs cultures, mes capacités, mes faiblesses, mon "amoureuse" et ma personne entière.
La discipline : Il faut se bâtir une propre discipline afin de se limiter à certaines choses. Une discipline personnelle nous guide vers les choses à faire et à ne pas faire, sans elle le voyage ne finirait plus, je dépasserais mon budget, je ne me fierais plus à mon itinéraire et je me retrouverais sans doute sans transport.
La liberté : Le sentiment de liberté est ce qui nous pousse à partir tout seul. Non pas que je ne m'entends pas avec les autres, au contraire, mais pour pouvoir voyager à son propre rythme, visiter ce qu'on veut, arrêter quand l’on veut, où l’on veut. Bref, la liberté est ce que beaucoup de gens n'ont pas dans notre monde et je suis chanceux de l'avoir.Financement
C'est l'une des premières choses qui m'est venue à l'esprit. Comment financer un voyage d'une telle envergure ? Il fallait que je m'y prenne longtemps à l'avance afin de ne pas être pris au dépourvu. J'ai décidé de vendre des t-shirts et me trouver des commanditaires.
Mon voyage
Après avoir fini mon baccalauréat en éducation physique à Sherbrooke, il me restait deux semaines d'enfer pour préparer mes bagages. J'ai dû me fendre en quatre et courir après des commanditaires, acheter le matériel manquant, vendre le plus de T-shirt possible. Avec mes deux semaines d'examen, mon bal des finissants et mes deux semaines de préparation j'étais toujours plein d'énergie pour participer au tournage d'une émission de télévision à Paris.
Cette émission s'appelle CAMPUS 95. Deux mois avant mon départ pour l’Europe, j'avais un message sur mon répondeur. C'était Lucie, la présidente de mon association étudiante, elle me disait qu'on avait été choisis pour aller à Paris une semaine, toute dépense payée, mais sans information additionnelle. Pour plus d'information, je me devais d'appeler Gilles Pelloille du service des communications de l'Université de Sherbrooke. On avait été sélectionné pour participer à une émission de télévision à Paris. En fait, c'était un gros jeu style Fort Boyard mélangé avec des épreuves de la langue française. Plusieurs réunions ont suivi ce coup de téléphone pour nous dévoiler davantage d'informations à chaque fois. Nous étions neuf gars et neuf filles choisis parmi tous les étudiants de l'université qui s'impliquaient le plus dans la vie étudiante. Le service aux étudiants ont voulu nous récompenser pour tout le bénévolat fait depuis nos études. J'ai toujours dit que lorsqu'on donne à un certain moment, on finit toujours par récolter un jour ou l'autre, mais je ne m'attendais jamais à récolter un tel voyage. L'implication étudiante a toujours été mon cheval de bataille pour faire bouger le monde qui d'après moi ne bouge jamais assez. Laissons mes montés de lait de côté et revenons à CAMPUS 95.
CAMPUS 95 était pour nous un pur mystère jusqu'à ce que M. Christophe Robledo vienne nous expliquer de fond en comble comment se déroulerait ces 8 jours à Saul-les-Chartreux en banlieue de Paris. Nous serions logés, nourris, décrottés et amenés sur les ailes de Canada 3000.
Mon amoureuse
Juste avant d'aller plus loin, je vous présente mon unique compagne de voyage, ma confidente, ma souffre-douleur, mon amoureuse qui m'accompagnera partout où j'irai durant cet été de 104 jours. Je l'ai connu il y a trois ans dans une boutique de Montréal. Je l'ai regardé un instant, par sa silhouette, sa grandeur et ses mensurations, je savais qu'elle serait ma blonde pour de nombreuses années. Ces deux dernières années nous sommes allés faire quelques randonnées telles que le tour du Vermont et le tour de la Gaspésie sans toutefois éprouver des sentiments opposés un envers l'autre, ce qui est très important en voyage. En plus, nous roulions toujours au même rythme, que ce soit sous la pluie, sous un chaud soleil, un grand vent ou dans la boue. Je vous le dis tout de suite, c'est la partenaire idéale. Elle sait se faire agressive, courageuse et discrète quand il le faut. Peut-être qu'elle aime se faire enfourcher et se laisser guider, mais n'est-ce pas la plus belle qualité qu'une compagne de voyage peut avoir ? C'est elle qui porte tous les bagages, qui absorbent tous les chocs. Elle est faite de chro-moly, d'acier, de caoutchouc, s'alimente d'huile et d'un petit coup de pied par seconde. Oui mon amoureuse est ma bécane, ma bicyclette. Je l'ai enveloppée dans une boîte avec quelques-uns de mes bagages afin qu'elles ne subissent de blessures durant le vol jusqu'à Paris. Une chance qu'elle ne me coûte pas cher de transport, en fait c'est gratuit pour les vélos à bord de l'avion pour Paris.
Campus 95 à la télévision
Avant de la déposer sur la balance de la compagnie aérienne, je lui ai dit que je la retrouverais dans la chambre du motel à Saul-les-Chartreux. À l'aéroport de Mirabel, j'avais la chance de prendre l'avion avec 17 autres étudiants de mon université. N'est pas donné à tout le monde d'être accompagné avant de partir pour 100 jours en vélo, en solitaire. L'ambiance dans l'avion était à son comble. On était, pour la plupart à notre premier voyage en Europe, notre première grosse émission de télévision, donc très enthousiaste, mais très nerveux également. Chanceux comme nous sommes de représenter notre province à une émission française à six heures d'avion de chez nous, loin de notre belle province. Comme on a pu le voir avec Fort Broyard, les français ne font rien à moitié. L'organisation semblait énorme tel des jeux olympiques. En fait, tous les jeux étaient des sports modifiés afin de les rendre plus amusants et accessibles. L'escalade sur velcro, le soccer sur table humain, le handball et le basket-ball sur trampoline, le sumo géant, le hockey bottine avec une rondelle-bombe à retardement étaient quelques-uns des jeux tous plus spectaculaires les uns que les autres.
Nous sommes arrivés le Samedi 13 mai et n'avions pas d'épreuves avant le jeudi matin. Ce qui nous a donné la chance de connaître des étudiants venant de dix autres pays : le Sénégal, la République Tchèque, l'Espagne, le Portugal, la Suisse, la Roumanie, l'Angleterre, la Tunisie, la Russie et la France. Fêtards comme nous sommes, les québécois, nous nous sommes vite faits de très bons amis chez les espagnols, pardon les catalans, qui demeuraient à un hôtel situé à environ 1 km du nôtre. Par deux fois, ils ont marché jusqu'à notre hôtel pour venir fêter dans notre sous-sol. C'est lors de ces petites partouses que nous avons connu les danses, les chansons et les histoires espagnoles, sénégalaises et tchèques. Donc le soir de notre première partie, le jeudi, nous avions déjà plusieurs supporters dans les estrades : les sénégalais avec leur tam tam, les tchèques avec leur applaudissements et nos adversaires, les catalans de Barcelone. En fait, tout au long de la partie, on s'était mis complice en s'encourageant mutuellement, sans oublier l'université d'Aix-Marseille qui était notre second adversaire. Le premier jeu était le mien : le hockey. Sur une vraie patinoire en forme de cercle et divisée en trois zones peinturées aux couleurs de chaque équipe, trois joueurs essayaient de pousser la rondelle explosive dans les zones adverses. Les français savaient très bien que le hockey était une spécialité québécoise et non française et encore moins espagnole. Ce fut une victoire à sens unique sans toutefois humilier les Espagnols, nos chums ! Sans se douter une seconde de nos talents athlétiques et intellectuels, cette victoire nous a permis de se rendre en demi-finale contre les équipes de l'université de Nantes et de Montpellier. Malheureusement, nous ne l'avons pas remporté, mais nous avons tout de même accumulé assez de points (16) pour nous joindre aux finalistes, Nantes et Fribourg, en tant que meilleur deuxième en demi-finale.
C'est un grand événement pour nos étudiantes et nos étudiants qui ont entrepris ce voyage avec modestie et bonne humeur. Ils ont accompli de véritables exploits lorsqu'ils ont soulevé la foule du Grand Dôme de la francophonie. Dans certaines disciplines tout le monde s'attendait à notre victoire, comme au hockey-bottine, un sport inconnu en Europe. Dans d'autres, c'est la discipline et la motivation de nos représentants qui leur ont permis de battre deux équipes très fortes, comme au soccer. D'une façon très générale, l'équipe a remporté des victoires décisives. C'est à l'épreuve finale qu'ils se sont laissés surprendre de 9 secondes par l'équipe de Nantes. Il a fallu attendre la conclusion de l'autre demi-finale pour apprendre vers 8 heures du matin, que nous aurions notre place en finale.
Toute l'énergie qui s'est dégagée pendant cette semaine, nous a permis de vivre des moments inoubliables, même les moments plus reposants : nos partys dans nos chambres d'hôtel, dans le sous-sol du Relais des Chartreux, nos visites de Paris, nos chansons dans les salles d'essayages et les autobus, nos repas à la cafétéria, nos longues marches, les parties de « AKI » avec les autres nationalités et le party final à 2 heures du matin. C'est avec un bagage culturel très diversifié, une bonne gang d'amis et pleins de bons souvenirs que nous avons quittés les plateaux de télévision, la cafétéria et l'hôtel. Trois de mes coéquipiers ont décidé de demeurer en France pour une semaine de plus, Éric Dufresne qui a visité les alentours de Paris, Pierre Sills qui a visité la région de son beau-père à vélo et Sonia Faucher (ma petite petite cousine) qui a dû aller dans le sud de la France pour affaire. Éric et moi, trop fatigués pour partir tout de suite, avons décidé de se rendre à l'hôtel des catalans pour y passer une nuit de plus, en cachette.
Le lendemain, c'était le grand jour, le jour que j'attendais depuis le tout début des préparatifs de cette aventure, la mienne. Pas besoin de vous dire qu'un petit brin de nervosité s'empara de mon être tout entier avant mon départ. Suite à mes salutations aux catalans, j’embarquai sur mon amoureuse et me laissai imprégné par les doux rayons du soleil et le son de ma chaîne sur mon plateau dentelé. Mon amoureuse était plus en forme que moi, c'est sûr, c'est sûr, c'est sûr! Elle avait passé la semaine dans ma chambre d'hôtel alors que je me suis épuisé en me couchant tard tous les soirs et en mangeant comme un porc toute la semaine. Je n'aurais jamais douté une seconde que passer une semaine à l'émission m'aurait fait prendre 3-4 kilos de trop. Peut-être que cette réserve de graisse m'aida, malgré tout, à pédaler ma première journée qui s'est voulue plus longue que prévu soit 110 km. La première fois qu'on pédale sur les routes françaises, il faut s'habituer à une multitude de choses : la signalisation, les ronds points, les automobilistes qui roulent à toute vitesse et l'odeur du diesel qui s'échappe de leurs petites bagnoles. Je n'ai pas calculé le kilométrage fait en trop durant ces 110 km, mais j'en ai sans doute fait une quinzaine de trop. Je me suis trompé de route plusieurs fois, j'ai manqué d'eau pendant une trentaine de kilomètres, je suis arrivé à Vernon à une heure où les supermarchés fermaient. En fait, cette journée était à oublier puisque rien n'est tourné à mon avantage, sauf le prix de l'auberge de jeunesse, 41F. La belle petite ville de Vernon, situé sur la rive sud de la Seine, fut choisie comme première destination entre autre à cause de son auberge de jeunesse et de sa proximité de la maison et les jardins de Claude Monet, à Giverny situé à 6 km sur l'autre rive. " Sans la carte détaillée qu'une bénévole de CAMPUS me donna, je me serais sans doute perdu avec la carte 1:1 000 000 que j'avais. J'ai roulé avec une odeur de gaz d'échappement sauf sur les petites routes de campagne. Plusieurs français m'ont dit que j'étais chanceux de rouler sous un chaud soleil, puisque la température n'avait pas été très belle ces derniers jours. J'ai rencontré Philippe, un jeune vagabond qui parcourt la France avec son sac à dos. Il aide le tenancier de l'auberge de jeunesse en échange d'un hébergement "cheap" dans sa cours. Il en a vu du pays, à pied et sur le pouce. Je suis allé faire un tour au centre de Vernon, question de voir comment ça se passait dans ce coin là. Peu de chien, mais beaucoup de monde. Le mardi matin, je suis allé visiter la maison de Monet, le célèbre peintre impressionniste, avec ma caméra et mes yeux tout grands ouverts. J'ai vu que des beaux jardins alignés les uns après les autres, autour de sa maison qui abrite des copies de ses toiles. Les originaux sont au Louvres, à Paris. Je me suis promené à travers ses jardins et sur le fameux pont japonais qui enjambe l'étang aux mille nénuphars. J'ai eu droit à un festival d'odeurs pour le nez et d'images pour les yeux. Pas croyable que ce jardin fut cultivé par les mains de ce peintre. "
Suite à cette visite, un bel après-midi ensoleillé, 60 km m'attendait avant de me rendre chez Matthieu Leroux, un ami de l'ESC à Rouen, que j'ai connu à CAMPUS. J'appréhendais une belle randonnée le long d'un beau fleuve mais ce fût l'opposé. Je n'aurais jamais cru rouler dans un endroit aussi pollué que le long de la Seine. Des dizaines et des dizaines d'usines viennent noircir les paysages vallonnés qui bordent un fleuve des plus pollués de la France. Arrivé, à 17h tapant comme prévu, à la cathédrale de Rouen, Matthieu m'attendait. Gros comme un cure-dent, il n'avait pas laissé sa place devant les caméras à CAMPUS. Avec sa "toune" les pouces en avant... les coudes en arrières, les genoux rentrés...", il avait fait danser et chanter la foule du Grand Dôme. Il étudiait en administration, tout comme ses coéquipiers de l'ESC (style HEC de Montréal), donc des étudiants à la Senne. Ça ne les a pas empêchés de faire un gros party le soir même de mon arrivée, il fêtait justement une de leur coéquipière de CAMPUS. Par la suite, mon voyage a connu ses hauts et ses bas. L'ennui m'a pris tout d'un coup à un moment où tout allait mal. Il pleuvait, mon amoureuse éprouvait des problèmes de comportements, ma forme physique déficiente, mon moral à terre, ma blonde et mes parents absents au téléphone. Personne à qui parler, rien à faire, tout seul dans ma tente avec peu de bouffe, les banques étant fermées, il ne me restait que 20 francs pour la journée. Ah ! oui, j'ai découvert que ma tente prenait l'eau. Mon sac de couchage était trempé, mais comme tous mauvais moments dans la vie, on réussit à passer au travers. Ne faut-il pas descendre les plus creuses vallées pour remonter les plus hauts sommets ? Cet extrait de mon voyage n'est que vérité et je vous l'ai exposé, le reste de mon voyage demeure en moi, car seuls ceux qui ont fait ce genre de voyage peuvent vraiment vivre l'aventure. C'est à vous d'écrire votre roman, votre aventure. Le mien, il est fait et malheureusement je ne peux vous en dire plus. Allez-y, il ne faut pas avoir peur de partir, on a qu'une seule vie à vivre.
Des pays si proches mais si différent (résumé)
Pour faire suite aux premiers articles parrus dans le journal le Scoop Régional en 1995.
« Faire le tour de l'Europe à vélo, c'est découvrir les capacités de sa machine et se découvrir soi-même. » (phrase célèbre sur mes t-shirts (encore en vente) qui est très représentatif de ce que je vis.) On s'aperçoit, lors d'une telle aventure en solo, qu'aucune machine mécanique ou humaine n'est parfaite. Lorsqu'on connaît la misère et qu'on vit toutes sortes de problèmes on apprend davantage à se connaître. Même en Suisse, où le niveau de vie est très élevé, j'ai connu divers problèmes imprévisibles. Après la Suisse, j'ai parcouru l'Allemagne du Sud au Nord, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg pour retourner à Paris.
Unj exemple parmi tant d'autre (tout juste avant d'arriver à Genève): « Qu'est-ce qu'on fait lorsqu'on a un flat, qu'on a plus de "patch", plus de "trip", qui fait 32°C, qu'on est un dimanche ou tout est fermé et qu'en plus on doit dormir à plus de 45 km? D'abord on mange une bonne barre de chocolat avec une banane et de l'eau, on pense aux solutions, on en essaye, pis finalement on fait du pouce avant de lancer sa bécane dans le champs. »
Ce genre de situation m'est arrivé souvent. On met alors notre esprit d'analyse, notre débrouillardise et notre patience en pratique. Lorsqu'on est seul, il faut travailler avec les moyens du bord. Parfois, j'ai dû utiliser du "tape", de la broche, de la corde et même des "plasters" pour réparer mon amoureuse.
La Suisse, un pays riche en banque, en paysage montagneux et en vache à grosse cloche. Ce pays, où il y a quatre langues officielles (allemand, français, italien, romanche), peut bien porter le nom de pays international, mais il est également l'un des plus beaux pays à découvrir en vélo. C'est à Genève que siège l'O.N.U. et la Croix-Rouge et à Lausanne que siège le C.I.O.(comité international olympique). J'ai été choyé dans ce pays puisque j'ai été logé dans 6 maisons différentes, donc des gens très généreux et accueillant.
L'Allemagne fut, pour moi, un vrai bain de difficulté linguistique. Avec des mots de six pieds de long comme "Prinsregentensrasse", il faut toujours avoir son petit dictionnaire de poche en main. Konstance au Sud, Munich, Frankfurt, Berlin et Hambourg fut les grandes villes visités, mais ce qui m'a fait découvrir une belle Allemagne fut la route romantique (Romantiche straße). Cette route, au centre sud du pays, parcoure une campagne vivante et parsemées de jolies villes fortifiées. En plus il y a un parcours balisé pour les vélos. Berlin m'a également fait trippé par son architecture et par son historique originale, mais comme toute grande ville, c'est différent du pays.
La Hollande ou les Pays-Bas, m'ont fait connaître ce que s'était qu'un paradis vélocipédique. Pas besoin de s'inquiéter des automobiles, puisqu'y en jamais. On est obligé de rouler sur notre piste cyclable, c'est don dommage, hein? Jamais, je n'ai roulé dans le trafic des "tueurs de cyclistes". J'ai pu découvrir ainsi le Nord de la Hollande et ses dizaines de moulins à vent, ses campagnes vastes et plates, en plus du vent constant qui les soufflent. Amsterdam, que de chose à dire sur cette capitale. Les drogues et la prostitution y sont tolérées, ce qui attire plusieurs jeunes touristes dans les coffee-shop du Red Light district (le cartier chaud), et les monuments construit en bordure des multiples canaux sont typiques à ce pays.
Bruges, en Belgique, est sans contredit la plus belle ville de ce petit pays. Ville médiévale, capitale de la partie flamande de la Belgique, elle est une vraie princesse romantique entourée d'eau. Je n'ai pas visité Bruxelles tout simplement pour aller à Cambrai, en France, la ville jumelée à Châteauguay. Un protocole d'amitié lie ces deux villes, ce qui explique le message que j'ai dû délivré au maire de Cambrai de la part de Jean-Bosco Bourcier. J'ai eu droit un traitement de faveur, dîner au resto et hébergement dans un appartement d'enseignant...tout un accueil! On devrait faire la même chose par chez-nous.
Je ne pouvais passer à côté du Luxembourg sans y rouler une centaine de kilomètre. Très petit, mais riche en forêts montagneuses et en rivières, il me faisait penser aux Laurentides. La ville du même nom fut également splendide, que ça soit par ses remparts ou son site enchanteur en bordure de la rivière Alzette.
Pour finir ce périple, j'ai découvert la belle région de Champagne, en roulant dans la vallée de la Marne. J'ai visité, à Épernay, les caves à Champagne de Moët et Chandon, producteur du fameux Dom Pérignon. Finir à Paris, la ville lumière, fut pour moi émouvant. Je voulais à tout prix rouler sur les Champs Élysées jusqu'à l'Arc de Triomphe, et j'ai triomphé croyez-moi! Paris est, d'après moi, la ville la plus riche en monuments et en activités de toutes sortes en Europe, mais également la plus chère. Par exemple, un cornet à deux boules m'a coûté 8$.
J'ai grandi au cours de mon voyage, pas en centimètre mais en expérience et en confiance. J'ai appris à surmonter mes peurs, à vaincre des obstacles et à me dire qu'au fond 6800 km en 3 mois c'est pas assez long. J'avais pris l'habitude du nomade qui est constamment à la recherche d'un nouveau coin de paradis. J'ai connu une centaine de personne, sans exagéré, une centaine de personne pour qui leur objectif et leur vision du monde était différente. On apprend autant, sinon plus par le voyage qu'à l'école. En fait, les deux se complètent très bien. À vous de juger.
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